Vente à venir : Collection Jean Jacques Terrin

Jean-Jacques Terrin — Architecte et collectionneur d’art contemporain

Architecte, enseignant et chercheur, Jean-Jacques Terrin a notamment exercé à l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles et consacré plusieurs publications aux évolutions de l’architecture et des pratiques urbaines. 

Collectionneur passionné d’art contemporain, il développe, au cours des années 1970 et 1980, un intérêt particulier pour la création artistique française et entretient des relations privilégiées avec les artistes de cette génération.

Sensible aux recherches plastiques et aux nouvelles formes d’expression qui marquent cette période, il constitue une collection personnelle témoignant de sa curiosité intellectuelle, de son regard d’architecte et de son attachement au dialogue entre les arts.

Une profonde amitié unissait l’architecte et collectionneur Jean-Jacques Terrin au céramiste belge Pierre Culot (1938-2011).

Nourrie d’une sensibilité artistique commune et d’un même intérêt pour le dialogue entre sculpture, architecture et arts décoratifs, cette relation privilégiée a permis à Jean-Jacques Terrin de constituer, au fil des années, un remarquable ensemble de céramiques acquises directement auprès de l’artiste.

Réunissant quatorze œuvres, cette collection témoigne de l’admiration que portait l’architecte à l’univers singulier de Pierre Culot, à la puissance de ses formes et à la dimension architecturale de ses créations.

Parmi les pièces les plus emblématiques de cet ensemble figure une importante paire de colonnes en grès, œuvre monumentale illustrant magistralement la rencontre entre la matière, la sculpture et l’architecture, si caractéristique du langage plastique de Pierre Culot.

Pierre CULOT (1938-2011)
Rare ensemble de 14 oeuvres
Provenance : Collection Jean-Jacques Terrin, acquises directement auprès de l’artiste.
Vente Art contemporain — 10 novembre 2026
Gros & Delettrez, Paris

Pierre CULOT (1938–2011)
Grand céramiste, sculpteur et créateur belge de la seconde moitié du XXe siècle

Pierre Culot occupe une place majeure dans l’histoire de la céramique contemporaine belge. À la fois potier, sculpteur, créateur de mobilier et paysagiste, il a développé pendant plus d’un demi-siècle une œuvre singulière, à la frontière entre les arts décoratifs, la sculpture et l’architecture. Formé auprès de grands maîtres de la céramique européenne, profondément marqué par la tradition japonaise et sensible à la matérialité de la terre, il a progressivement dépassé les limites de la poterie utilitaire pour concevoir des œuvres sculpturales monumentales.

Son travail se caractérise par une recherche permanente d’équilibre entre la simplicité des formes, la puissance expressive des volumes et la richesse des matières. Ses céramiques, souvent réalisées en grès émaillé, occupent aujourd’hui une place importante dans les collections consacrées aux arts décoratifs et à la céramique d’après-guerre. 

Jeunesse et formation : les origines d’une vocation (1938–1961)

Pierre Culot naît le 12 janvier 1938 à Malmedy, en Belgique, dans une famille d’enseignants. Il grandit principalement à Namur, où il manifeste très tôt un intérêt pour les arts, les objets anciens et le travail des matières.

En 1954, âgé de seize ans, il entre à l’École des Métiers d’art de l’abbaye de Maredsous. Il y découvre les techniques traditionnelles de la céramique auprès de Richard Owczarek. Cette première expérience, déterminante dans son parcours, lui révèle les possibilités plastiques de l’argile.

Parallèlement, il fréquente à Namur l’atelier de la peintre Yvonne Perin, lieu de rencontre d’artistes et d’intellectuels qui contribue à élargir sa culture artistique.

En 1957, il poursuit sa formation auprès d’Antoine de Vinck (1924–1992), figure essentielle du renouveau de la céramique belge. Ce dernier lui transmet une conception exigeante du métier de potier, fondée sur la maîtrise du geste, la connaissance des terres et la recherche d’une expression personnelle.

Pierre Culot découvre également l’expérience des potiers français de Ratilly, notamment Jeanne et Norbert Pierlot, qui participent alors à la renaissance du grès contemporain en France.

Il complète sa formation à l’École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre, à Bruxelles, auprès du sculpteur Charles Leplae.

Une autre rencontre déterminante intervient lorsqu’il rejoint, en Cornouailles, l’atelier du célèbre potier Bernard Leach (1887–1979) à Saint-Ives. Ce dernier, dont la pensée établit un dialogue entre les traditions occidentales et japonaises, exerce une influence durable sur la conception artistique du jeune céramiste belge.

Cette formation, acquise au contact de plusieurs traditions, explique la double orientation de son œuvre : fidélité au savoir-faire artisanal et volonté constante d’expérimentation plastique. 

Les années 1960 : les débuts d’une reconnaissance internationale

Au début des années 1960, Pierre Culot s’installe à Bruxelles, où il ouvre son propre atelier, rue du Luxembourg, en 1962.

Il développe une production de céramiques utilitaires, principalement en grès : bols, coupes, pichets, plats et vases. Toutefois, ces objets dépassent rapidement leur fonction première pour devenir de véritables recherches sur le volume, la matière et la lumière.

Ses premières créations privilégient des formes sobres et puissantes, des proportions équilibrées et des surfaces aux nuances naturelles.

En 1962, il expose à la galerie Vendôme de Bruxelles aux côtés de Miche Wynants, artiste qu’il épouse l’année suivante.

Sa carrière prend une dimension internationale à partir de 1964 :

  • 1964 : exposition à la galerie Robert Delpire à Paris.
  • 1964 : présentation de ses céramiques à la galerie Primavera de Londres, qui défend également les œuvres de Bernard Leach, Lucie Rie et Hans Coper.
  • 1964 : acquisition d’une de ses céramiques par le National Museum of Modern Art de Kyoto.
  • 1967 : distinction au Concours international de la céramique d’art de Faenza, en Italie.
  • 1968 : prix à Vallauris, lors des manifestations internationales consacrées à la céramique.

Ces premières récompenses consacrent la place de Pierre Culot parmi les créateurs européens qui contribuent au renouvellement de la céramique dans les années 1960. 

Les années 1970 : de la céramique utilitaire à la sculpture

Les années 1970 constituent une étape décisive dans l’évolution artistique de Pierre Culot.

Tout en continuant à produire des objets usuels, il entreprend une exploration plus ambitieuse de l’espace et des volumes.

Ses vases deviennent progressivement des constructions architecturales. Les formes cylindriques traditionnelles cèdent parfois la place à des volumes quadrangulaires, cruciformes ou composites.

Il développe notamment ses célèbres « pots composés », constitués de plusieurs éléments assemblés, souvent réalisés à partir de plaques de grès. Ces créations jouent sur les oppositions entre les pleins et les vides, les surfaces planes et les volumes arrondis, la rigidité apparente de la géométrie et les irrégularités de la matière.

Les vases géométriques et pots composés constituent l’une des expressions les plus caractéristiques de son œuvre.

Son intérêt pour la sculpture s’affirme également sous l’influence de l’artiste basque Eduardo Chillida, dont il découvre notamment le travail à Zürich en 1969.

En 1973, Pierre Culot reçoit le Prix de la Jeune Sculpture belge pour une œuvre en bois, confirmant sa capacité à dépasser les frontières traditionnelles entre les disciplines artistiques.

Sa pratique s’étend alors progressivement au bois, à la pierre et à d’autres matériaux, ouvrant la voie à ses futures réalisations monumentales.

Au cours de cette décennie, il voyage également au Japon et approfondit sa connaissance de la pensée esthétique orientale. Sa rencontre avec le maître potier Shōji Hamada et sa découverte du mouvement Mingei, qui valorise la beauté des objets artisanaux, confortent ses convictions artistiques.

Pour Pierre Culot, la beauté d’une céramique ne réside pas dans l’ornementation mais dans la justesse de sa forme, la qualité de sa matière et le rapport direct qu’elle entretient avec celui qui la regarde ou l’utilise. 

Les années 1980 et 1990 : l’architecture, les jardins et la sculpture monumentale

À partir des années 1980, la démarche artistique de Pierre Culot prend une dimension véritablement architecturale.

Sa réflexion sur les rapports entre le vide et le plein, la matière et l’espace le conduit à concevoir des sculptures destinées à s’intégrer durablement dans leur environnement.

Il réalise des murs-sculptures, des claustras, des constructions de briques et de pierres, ainsi que des aménagements paysagers dans lesquels l’œuvre dialogue avec l’architecture et la végétation.

Le domaine de Roux-Miroir, dans le Brabant wallon, devient le centre de son activité artistique. Installé dans une ancienne ferme acquise avec son épouse Miche Wynants, il y aménage progressivement un ensemble associant maison, ateliers, jardins et sculptures.

Ce lieu illustre particulièrement bien sa conception de la création : l’art ne doit pas être isolé de la vie quotidienne mais participer à l’organisation de l’espace et à l’expérience sensible du paysage.

En 1991, il acquiert un vaste domaine à Eppe-Sauvage, dans le nord de la France, où il entreprend la réalisation d’imposantes sculptures en briques et en granit. Ces constructions, notamment ses grandes Arches, témoignent de son intérêt croissant pour les formes monumentales.

Son activité dépasse désormais largement la céramique traditionnelle. Il intervient dans des jardins privés, des bâtiments publics et des espaces urbains, en Belgique comme en France.

Parmi ses réalisations figurent des interventions pour les universités de Liège, de Louvain et d’Anvers, des aménagements à Bruxelles et des œuvres intégrées à des ensembles architecturaux contemporains.

En 1990, son exposition Architectures en terre, présentée à Paris, illustre cette évolution d’une pratique initialement centrée sur l’objet vers une véritable recherche sur l’espace construit.

Collection d’art moderne et contemporain

Le deuxième volet de la vente de la collection de Jean Jacques Terrin sera consacrée à l’art moderne et contemporain.

Collectionneur passionné d’art contemporain, Jean Jacques Terrin développe, au cours des années 1970 et 1980, un intérêt particulier pour la création artistique française et entretient des relations privilégiées avec les artistes de cette génération.

Liste des artistes présents dans la collection JJ.Terrin

Maurice Estève, Albert Gleizes, Toni Grand, Lanskoy, JP Pincemin, Claude Viallat, Foujita, Tal Coat, Manessier, Francis Bacon, Sol Lewitt, Annette Messager, Charlotte Perriand, Pierre Culot…

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